Samedi 17 octobre, Mediapart et The Guardian ont réuni à Paris, de 13 h à 19 h, une quinzaine de chercheurs, journalistes, travailleurs et écrivains pour parler de ce que les géants du numérique font au monde. J’ai essayé de condenser les cinq heures passées. Voici ce que j’en garde, sans jargon, avec Naomi Klein en fil rouge.
En bref
- L’IA générative n’a rien de magique : elle repose sur des ouvriers qui annotent des données au Kenya, sur l’eau pompée sous une commune du Chili et sur la plus grosse bulle financière jamais vue, selon Naomi Klein.
- Les mêmes entreprises se sont alliées à Donald Trump pour échapper aux règles, et vendent désormais leurs outils aux armées ; le système Lavender, utilisé à Gaza, a été au centre de la journée.
- La réponse proposée tient en peu de technologie et beaucoup d’humain : des règles, des syndicats, des hackeurs, des récits nouveaux, et des relations « indisciplinées » qu’aucun robot ne peut remplacer.
Qui parlait, et pourquoi ça compte
La journée s’appelait « Hacker la tech ». Elle s’est tenue à l’Espace Niemeyer, dans le 19e arrondissement, en accès libre, et la vidéo complète est en ligne sur la chaîne YouTube de Mediapart. Trois tables rondes, une série d’entretiens, un film, un message vidéo d’Alain Damasio pour finir. Parmi les voix : le sociologue Dominique Cardon, le chercheur Olivier Alexandre, la politiste Anne Bellon, l’essayiste Naomi Klein, le sociologue Antonio Casilli, une annotatrice de données venue du Kenya, un habitant d’une commune chilienne voisine d’un data center de Google, la chercheuse Laure de Roucy-Rochegonde, le cinéaste palestinien Mahmoud Alaj, le journaliste Robert Booth du Guardian, la linguiste Emily Bender, le critique Paris Marx et le journaliste Zeke Faux.
Pourquoi en parler ici ? Parce que ce journal parle d’IA presque chaque mois, que j’en utilise tous les jours, et que cette journée dit tout haut ce que la plupart des articles sur le sujet laissent de côté : le monde physique, les gens, l’argent.
Un centre commercial dont on ne sort pas
La première table ronde a posé le décor. Olivier Alexandre, chercheur au CNRS, a rappelé d’où vient l’architecture des plateformes : du mall américain des années 1950. « Un endroit conçu et designé pour qu’on y entre le matin, qu’on y reste toute la journée, avec tout un tas d’offres. » Les campus de la tech, et les applications elles-mêmes, sont pensés de la même façon : « des endroits dont on ne peut pas sortir ». D’où ce qu’il appelle une situation d’emprise : on aimerait ne pas y être, et on n’arrive pas à en sortir.
Dominique Cardon, sociologue à Sciences Po, a décrit le renversement qu’apporte l’IA générative. L’internet des débuts fonctionnait de bas en haut : des gens qui échangent, des liens qui circulent, un moteur de recherche qui vous renvoie vers le site de celui qui a écrit la page. L’IA générative vient « complètement du haut », avec « des sommes absolument colossales », et elle ne redistribue pas : « Je vais vous donner la bonne réponse, et je n’ai pas besoin de vous rediriger vers les autres producteurs d’information dont je me suis servi, que j’ai complètement fait fondre et disparaître dans la réponse que je vous donne. » Autrement dit : la source disparaît.

Anne Bellon, politiste à Polytechnique, s’intéresse au moment où ce pouvoir économique devient un pouvoir politique. Le plus nouveau, selon elle : « cette capacité à nous rendre prisonniers de leur infrastructure », au point que nous finissons par nous opposer nous-mêmes « à certaines régulations parce qu’elles vont nous gêner en tant que consommateur ». À Bruxelles, le secteur numérique emploie désormais près de 900 lobbyistes à temps plein, plus que de députés européens, pour un budget d’environ 151 millions d’euros par an, selon le dernier décompte des ONG Corporate Europe Observatory et LobbyControl. Mais les États ne sont pas désarmés : Anne Bellon a cité l’accord de cet été, où Meta a accepté de verser jusqu’à 17 milliards de dollars à 47 États américains qui l’accusaient d’avoir rendu les adolescents dépendants de ses réseaux, et le travail de Lina Khan, ancienne patronne de l’autorité américaine de la concurrence, qui a créé « énormément d’instruments » pour contrôler les acquisitions de la Silicon Valley.

Naomi Klein, 1 : la plus grosse bulle qu’on ait jamais vue
Naomi Klein est intervenue en visioconférence, en anglais, après cette première table. Elle a commencé par les lycéens dans les rues de France, qui demandent qu’on répare les écoles plutôt que d’augmenter les budgets militaires : pour elle, c’est exactement le type de mouvement qui s’attaque aux causes, parce que « tant que tout semble cassé dans nos vies, il est tellement plus facile pour les fascistes de détourner l’attention des vraies crises et de rediriger la colère vers des boucs émissaires ».
Puis l’argent. « C’est la plus grosse bulle qu’on ait jamais vue. » Son exemple : quand SpaceX a préparé son entrée en bourse, au printemps, l’entreprise a dû estimer la taille de son marché futur. Elle l’a chiffré à 28 500 milliards de dollars, un montant comparable à l’économie américaine tout entière, et l’essentiel de cette estimation repose sur l’IA, pas sur les fusées. « C’était comme si les fusées étaient la vitrine. » Ce chiffre en dit long sur ses dirigeants, qui « sont consumés par le rêve » que cette bulle représente ; il ne garantit rien à SpaceX.
Et ce rêve dépasse de loin l’application de plus. « Ce n’est pas comme lancer Airbnb ou Instagram. Ça consomme tout le reste, y compris internet. » Les entreprises d’IA la voient comme l’application unique, l’everything app, et aussi comme une « machine à vérité ». C’est là, dit-elle, que l’idée devient clairement fasciste : centraliser le savoir, standardiser ce qu’est l’intelligence. Elle rappelle que la volonté même de définir l’intelligence « est mêlée à l’eugénisme, mêlée à l’histoire fasciste » : qui décide de ce qui est intelligent, et quelle forme d’intelligence a de la valeur ? Et l’on voit l’attrait d’une machine à vérité pour « des gouvernements qui veulent contrôler la façon dont ils sont perçus, qui s’inquiètent d’enterrer leurs propres crimes » : quand nous posons une question, ils veulent contrôler la réponse.
En attendant, l’information se dégrade. Naomi Klein cite des chaînes YouTube entières qui semblent montrer l’économiste Yanis Varoufakis et qui ne sont pas lui, des deepfakes qu’il n’arrive pas à faire fermer. « Ça peut arriver à n’importe lequel d’entre nous. »

Naomi Klein, 2 : la révolte contre les règles
Après le lancement de ChatGPT, rappelle-t-elle, l’Union européenne, l’administration Biden et les Nations unies ont tous lancé des processus pour encadrer ces technologies : étiqueter les contenus générés par IA, poser des garde-fous contre les usages militaires, exiger des énergies renouvelables pour les data centers construits sur des terres publiques. « Ce n’était pas assez, mais c’était le début d’une tentative de régulation. »
Sa lecture de ce qui a suivi, développée dans son nouveau livre : « L’alliance de la Silicon Valley avec Donald Trump a été une révolte contre ces régulations. » Les entreprises voulaient ce qu’elles appellent des frontier models, des modèles de frontière ; « elles voulaient un Far West ».
Naomi Klein, 3 : le bunker
C’est la partie la plus dure de son intervention, et la plus discutée. Je la rapporte telle qu’elle l’a dite.

Naomi Klein prolonge La Stratégie du choc, son livre de 2007. Après l’échec des accords d’Oslo, explique-t-elle, l’économie israélienne s’est mise à prospérer en devenant une startup nation, portée en particulier par les entreprises de sécurité et d’armement. Le pays « a compris comment monétiser tout cela et transformer les territoires occupés en laboratoires pour un État de surveillance de haute technologie ».
Elle relie ce modèle à Palantir, l’entreprise américaine d’analyse de données, dont le patron Alex Karp répète que « les mauvaises périodes sont bonnes pour Palantir ». Pour Klein, c’est « un modèle où il n’y a pas de bonnes périodes » : on accepte un avenir d’effondrement, on accepte que le climat change, qu’il y aura plus de pénuries, « plus de gens qui n’ont plus aucun rôle dans l’économie et qu’il faut contenir, surveiller, et éliminer si nécessaire ».
Elle cite Gustavo Petro, le président colombien, qui déclarait dès décembre 2023, à la conférence sur le climat de Dubaï, que « ce que nous voyons à Gaza est la répétition de l’avenir climatique » : ce qui arrive aux Palestiniens arrivera aux pauvres du monde à mesure que la crise climatique s’accélère et que les riches refusent de réduire leur consommation. Et elle rapproche cela du « dôme doré » que Donald Trump veut construire au-dessus des États-Unis, sur le modèle du dôme de fer israélien : « un État bunker de haute technologie, les armes pointées vers l’extérieur, vers une population excédentaire contenue, comme modèle d’un futur fasciste ». Avec Astra Taylor, elle appelle cela le fascisme de la fin des temps ; leur livre, End Times Fascism, est sorti en septembre et paraîtra chez Actes Sud en février 2027.
L’IA est faite à la main
La deuxième table ronde a ramené tout le monde sur terre, au sens propre. Antonio Casilli, sociologue à l’Institut polytechnique de Paris, enquête depuis dix ans dans plus de trente pays sur ceux qu’il appelle « les ouvriers de la donnée », parce qu’ils sont « une sorte d’incarnation moderne des ouvriers des usines ». Sa conclusion tient en une phrase : « Cette intelligence artificielle est largement, encore aujourd’hui, faite à la main. »

À ses côtés, Caroline Wambui Kinua, cofondatrice de la Data Labelers Association au Kenya, a raconté ce travail : annoter des images, trier des contenus, huit heures par jour, du lundi au vendredi, « et pour certaines entreprises, sept jours sur sept ». Dans ce métier, « disons 80 % du temps, vous allez être confronté à des contenus vraiment dérangeants, difficiles ». Ceux qui osent défendre leurs droits sont menacés de licenciement ou de liste noire ; le travail demande peu de qualification, les postes sont mal payés, « mais on veut quand même les garder », donc « ces personnes ont vraiment très peur d’élever la voix ». Son association porte cette voix et demande du fair-play et un soutien psychologique.
Puis Herman Salazar, de Quilicura, une commune au nord de Santiago du Chili, où Google a ouvert en 2015 son premier data center d’Amérique latine. Son collectif de voisins s’est organisé en 2020 pour défendre les zones humides de la commune. Selon lui, le centre de Google prélève 50 litres d’eau par seconde, soit environ 4,3 millions de litres par jour, dans la même nappe que celle qui alimente les marais ; « il nous impose une sécheresse terrible ». Le New York Times a confirmé l’ordre de grandeur en 2025 : l’équivalent de la consommation de 8 000 foyers chiliens. Pour le faire comprendre, les habitants ont lancé Quili.AI : un « chatbot » où, pendant vingt-quatre heures, ce sont des gens du quartier, enfants, enseignants, artistes, qui ont répondu à la main aux questions des internautes, dessin ou recette compris, en affichant l’eau économisée par rapport à une vraie IA ; une quarantaine d’habitants, plus de 25 000 questions, selon le site du projet. Une réponse d’IA de cent mots, rappelait le Washington Post en 2024, c’est environ un demi-litre d’eau.

Quand la tech s’enrôle
Laure de Roucy-Rochegonde dirige le centre géopolitique des technologies de l’Ifri. Elle a résumé sept ans en une phrase : en 2018, les salariés de Google se mobilisaient contre le projet Maven, qui utilisait l’IA pour reconnaître des images de drones pour le compte du Pentagone ; en 2025, on est passé à « une sorte de militarisme complètement décomplexé ». Deux explications. D’abord une inversion du cycle de l’innovation : jusqu’aux années 2000, l’état de l’art venait des laboratoires militaires et passait ensuite au civil (internet, GPS) ; aujourd’hui, ce sont les armées qui intègrent les logiciels du civil. Ensuite une idéologie, portée par les fonds d’investissement sous la bannière de l’American Dynamism : « faire converger l’économie financiarisée, le patriotisme et les investissements dans les questions de défense ».
Le cinéaste palestinien Mahmoud Alaj est venu présenter Lavender, son projet documentaire sur le système du même nom. Lavender est un logiciel d’intelligence artificielle que l’armée israélienne utilise à Gaza pour désigner des cibles humaines ; l’enquête du magazine israélien +972 et du site Local Call, publiée en avril 2024 et reprise par The Guardian, rapporte qu’il avait identifié jusqu’à 37 000 personnes à un moment donné, avec environ 10 % d’erreurs selon les sources militaires citées ; l’armée israélienne a contesté plusieurs éléments de l’enquête. Mahmoud Alaj n’a pas voulu parler d’algorithmes : « Nous allons plutôt nous intéresser aux personnes qui contrôlent ce système, aux personnes qui l’ont inventé. » Et il a parlé d’odeur. « La lavande a toujours été liée à de belles choses : ma famille, l’odeur dans ma maison, les produits de beauté. Maintenant c’est lié à une autre odeur, celle de la destruction que nous constatons sur nos écrans. »
Fausses peurs, vrais dangers
La dernière table ronde, animée par Jade Lindgaard, a mis face à face les récits et les faits. Emily Bender, linguiste à l’université de Washington, coautrice de l’article sur les perroquets stochastiques, a donné sa définition : « L’IA est un terme marketing. Il ne se réfère pas à un ensemble de technologies cohérent ; il sert uniquement à survendre toute technologie à laquelle il est lié. » Elle a expliqué pourquoi nous prêtons un cerveau à un programme qui produit « une continuation plausible de la conversation » : c’est un réflexe, observé dès 1966 avec le programme ELIZA. Quant au récit de l’IA qui nous tuera tous, elle le résume avec une gêne visible : « Je me sens ridicule à chaque fois que je raconte cette histoire, et je vous assure que ce n’est pas moi qui l’ai inventée. » Pour elle comme pour Paris Marx, ce récit de fin du monde sert surtout à détourner le regard des dégâts présents.

Ces dégâts, Paris Marx les a listés : les data centers, « ces infrastructures physiques nécessaires pour nourrir ces technologies », leurs exigences en eau et en énergie, le bruit, et le retour des énergies fossiles. Son exemple : Memphis, dans le Tennessee, où Elon Musk a installé l’un des plus grands centres de calcul du monde, alimenté par des turbines à gaz ; les habitants du quartier « ont senti la pollution de l’air dans leurs propres poumons, pratiquement immédiatement ».
Le récit, et ce qui se passe déjà
Le récitUne IA qui deviendrait consciente et nous détruirait tous.
Déjà làDes data centers qui consomment eau et énergie, et le retour des énergies fossiles, comme les turbines à gaz de Memphis.
Le récitUn programme qui comprend et pense, réflexe observé dès 1966 avec ELIZA.
Déjà làDes amitiés et des liens humains qui passent par de petites boîtes, bientôt remplaçables par un chatbot.
Le récit« L’IA », une technologie cohérente et neutre.
Déjà làUn terme marketing, selon Emily Bender, et une information qui se dégrade : deepfakes en série, impossibles à faire fermer.
Entre les deux, Robert Booth, qui couvre la tech pour The Guardian, a dit n’avoir « jamais travaillé sur un sujet qui a évolué aussi vite », et a donné une ligne simple : au Guardian, « on ne veut rien automatiser dans ce qu’on produit ; tout est produit, éditorialement, par des humains ». Et Zeke Faux, journaliste d’investigation, a réglé le cas des cryptomonnaies en deux phrases, après cinq ans d’enquête : il les trouvait stupides avant de commencer, « c’est encore plus bête que ce que j’avais imaginé », et quand une valeur est censée monter sans fin, « il y a un mot pour ça : un schéma pyramidal ».
Damasio : sept gestes
Alain Damasio a conclu la journée par une vidéo. Il a d’abord proposé un nouveau sigle, puisque GAFAM ne dit plus rien de l’époque : les MANGOS, pour Meta, Anthropic, Nvidia, Google, OpenAI et SpaceX. Puis sept pistes, que je résume avec ses mots quand je les ai.

- Le contre-animisme : « arrêter d’anthropomorphiser l’IA ; comprenez bien que c’est toujours une simulation d’affect, une simulation de conversation ».
- Une hygiène relationnelle : se détacher régulièrement du rapport affectif que ces outils produisent.
- L’éducation : faire du décodage du numérique un pilier, dès le primaire.
- Une contre-culture : « utiliser des mini-IA, des serveurs locaux, des data centers locaux », comme la contre-culture informatique des années 1970.
- Des hackeurs : « il nous manque des groupes de combat de hackeurs », capables de « bloquer ou ralentir ce qui est en train de se passer ».
- L’action directe : « peut-être qu’il va falloir démanteler des data centers en construction, désarmer un certain nombre de choses, pour acheter du temps ».
- D’autres récits : « faire du biopunk, du hopepunk, du waterpunk », tout sauf « le couplage transhumaniste avec l’IA » et le cyberpunk.
Je ne souscris pas à tout ; la liste dit surtout à quel point le débat a quitté la seule question des « bons usages ».
Naomi Klein, 4 : redevenir indisciplinés
Elle a fini là-dessus, et c’est ce que j’ai préféré. L’IA générative, dit-elle, repose sur « le plus grand vol de tous les temps » : aspirer toute la création humaine sans permission, la privatiser, puis s’en servir pour « remplacer la vraie chose », l’amitié, l’amour, l’art, tout en brûlant tant d’énergie, de terre et d’eau « que notre monde physique devient moins vivant, plus précaire, et que nous sommes plus tentés de chercher refuge dans ce monde artificiel ».
Puis cette phrase, que je garde : « Nous ne pouvons être remplacés par des robots qu’une fois que nous agissons déjà comme des machines. » Si nos amitiés passent déjà par de petites boîtes construites par des entreprises, qui nous disent comment parler, qui exploitent notre attention et nous rendent en colère pour nous faire rester, alors le terrain est prêt pour qu’un chatbot prenne la place. « Plus nous nous comportons comme des bots, plus nous pouvons être remplacés par des bots. »
L’inverse est vrai aussi. « Quand nous avons de vraies relations humaines, dans le monde réel, des relations indisciplinées, non régulées, on ne peut pas remplacer ça par un chatbot. » Son espoir, c’est que la résistance à tout cela nous rende plus humains.
J’écris ceci avec Claude
Il faut le dire clairement, parce que vous l’auriez deviné : cet article a été écrit avec une IA. Claude, d’Anthropic, l’une des entreprises du sigle de Damasio, a retrouvé les passages exacts dans la vidéo, vérifié les chiffres, proposé le plan et les phrases que je relis et corrige. Mes applications sont construites de la même façon. Je ne vais pas faire semblant du contraire au bas d’un article qui parle de mensonges.
Cette journée change surtout la façon dont je tiens l’outil. Trois choses. Garder le contre-animisme de Damasio : ce qui m’aide à écrire n’est pas un ami, et je ne lui raconte pas ma vie. Regarder la facture : chaque question a un coût en eau et en énergie quelque part, à Quilicura ou à Memphis, et des mains humaines derrière, au Kenya ; cela me rend plus avare de requêtes inutiles et plus curieux des modèles ouverts, locaux, dont je parlais déjà dans mon article sur Montpellier. Et surtout, prendre au sérieux la phrase de Klein : si je me mets à parler, à penser, à aimer comme la machine me le propose, le problème n’est plus la machine.
Pour finir
Il faut parfois traverser l’obscurité pour découvrir la lumière. Les cinq heures de Mediapart sont sombres ; elles finissent pourtant sur des gens qui s’organisent : des annotatrices qui fondent un syndicat au Kenya, des voisins qui répondent à la main à la place d’une IA au Chili, des États qui font payer Meta, des chercheuses qui démontent un mot marketing, une essayiste qui propose, comme acte de résistance, de se voir en vrai. Si vous ne devez regarder qu’une heure, regardez Naomi Klein. Si vous avez une soirée, regardez tout.
Pour passer à l’action : sa propre IA à la maison, pas à pas, parler au monde sans Meta ni Google et Meshtastic, ou parler à sa ville sans réseau.
Pour continuer dans le Journal : l’IA au quotidien, petits usages, vrai coût et esprit critique, et Montpellier veut sortir de la colonie numérique.
Cet article est écrit sur mon temps libre. S’il vous a plu, vous pouvez m’offrir un café sur Ko-fi, sans aucune obligation.
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Image d'ouverture réalisée avec l'aide de l'IA (Gemini). Citations transcrites et traduites par mes soins depuis la vidéo de Mediapart ; les propos de Naomi Klein sont traduits de l'anglais. Aucune image de la conférence reproduite ; les portraits et photos viennent de Wikimedia Commons, auteurs et licences indiqués sous chaque image.
Les 14 sources de cet articleLa vidéo de la journée, presse économique et générale, rapports d'ONG, sites des projets cités
- Mediapart, « Hacker la tech », journée du 17 octobre 2026, Espace Niemeyer (Paris), en partenariat avec The Guardian ; vidéo intégrale. youtube.com
- Mediapart sur Mastodon, annonce de la journée (date, lieu, intervenants). mediapart.social
- TechCrunch, « The SpaceX IPO filing is filled with AI bets, Starship dreams, and Elon Musk at the center », 20 mai 2026 (marché adressable de 28 500 milliards de dollars, dont 22 700 pour l'IA). techcrunch.com
- Naomi Klein et Astra Taylor, End Times Fascism and the Fight for the Living World, Farrar, Straus and Giroux, 15 septembre 2026 ; édition française annoncée chez Actes Sud, février 2027. naomiklein.org
- CBS News, « Meta settles social media addiction suit with states for up to $17.1 billion », 26 août 2026. cbsnews.com
- Corporate Europe Observatory et LobbyControl, rapport 2025 sur le lobbying du secteur numérique à Bruxelles (151 millions d'euros, 890 lobbyistes à temps plein), repris par Bursa, 31 octobre 2025. bursa.ro
- Fast Company, « How a unique 'chatbot' is helping a small Chilean community push back on AI », 30 janvier 2026 (Quilicura, 50 litres par seconde, Quili.AI). fastcompany.com
- Quili.AI, site du projet. quili.ai
- Data Labelers Association (Kenya), fiche du Civic Tech Field Guide. civictech.guide
- CBC News, « Israel accused of using AI to choose Gaza targets », 8 avril 2024 (enquête de +972 Magazine et Local Call, reprise par The Guardian). cbc.ca
- Vanguardia, « Petro afirma que el genocidio de Palestina es el futuro del Sur por la crisis climática », 1er décembre 2023. vanguardia.com
- Benzinga, « 'Bad Times Are Incredibly Good For Palantir' : CEO Alex Karp », septembre 2022. benzinga.com
- The Black Wall Street Times, « Elon Musk's Memphis AI facility under fire for polluting Black neighborhood », 27 mai 2025. theblackwallsttimes.com
- Emily M. Bender, Timnit Gebru et al., « On the Dangers of Stochastic Parrots », ACM FAccT, 2021. doi.org





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