Parler à sa ville sans réseau : Comment on fait ?

18 octobre 2026

Un petit boîtier à trente euros, une antenne, une appli : et vos messages passent de voisin en voisin, sans internet, sans opérateur, sans Meta ni Google. Ça s’appelle Meshtastic et ce n’est qu’un exemple, partout dans le monde des solutions se préparent. En voici un petit aperçu.

En bref

  • Meshtastic envoie des messages texte par radio, de boîtier en boîtier, sur une bande libre : pas d’abonnement, pas de compte, pas de serveur.
  • Ça porte un à trois kilomètres en ville, bien plus en hauteur ; ça ne transporte ni photos ni voix, et ce n’est pas internet.
  • Il y a déjà près de 1 850 boîtiers recensés en France ; on commence avec un appareil à 20 ou 40 euros et une page web qui l’installe en trois minutes.

En trente secondes

Ce qu’il vous faut

Un boîtier (environ 30 euros), son antenne, votre téléphone. C’est tout.

Ce que vous faites

Brancher le boîtier, l’installer depuis une page web, l’associer à votre téléphone. Un samedi après-midi suffit, sans rien savoir de la radio.

Pour qui

Randonneurs, quartiers, villages, curieux. Pas pour envoyer des photos ni passer des appels.

D’où vient cette idée

Dans mon article sur la journée Hacker la Tech, Alain Damasio proposait une contre-culture : des « serveurs locaux » et des petites machines à soi. Meshtastic en est l’exemple le plus simple et le plus concret que je connaisse pour les réseaux. C’est un projet libre, né en 2020, qui transforme des modules radio bon marché en un réseau de messagerie entre voisins.

Je n’ai pas encore de boîtier entre les mains ; ce guide vient de la documentation du projet et des communautés françaises, et je raconterai mes premiers essais quand ils seront faits.

Comment ça marche, en une image

Imaginez un talkie-walkie qui enverrait des textos. Voici le voyage d’un message :

Votre téléphonevous écrivez
↓
Votre boîtierreçu par Bluetooth
↓
Boîtiers voisinschacun le répète par radio
↓
Boîtier de l’amiqui le passe à son téléphone

Chaque boîtier qui entend le message le répète une fois, jusqu’à trois bonds de suite : c’est ce qu’on appelle un réseau maillé. La radio utilisée s’appelle LoRa : elle envoie très peu de données, mais loin, avec une consommation minuscule. En Europe, elle émet sur une bande libre : pas de licence, pas d’abonnement, pas de carte SIM.

Un boîtier Meshtastic équipé d'un écran
Un boîtier Meshtastic avec écran ; photo : -stk, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
bond 1bond 2bond 3 (maximum) VousVoisinVoisinAmi En ville : 1 à 3 km par bondEntre deux points hauts : 10 à 30 km
Un message saute de boîtier en boîtier ; chaque bond couvre quelques kilomètres.

La communauté documente des records de plusieurs centaines de kilomètres. Un boîtier posé sur un toit sert de relais à tout un quartier. Les messages d’un groupe sont chiffrés ; le canal public, lui, est ouvert à tous. La pile tient des jours ; un petit panneau solaire de trois watts suffit à un relais permanent.

Ce que ça fait, et ce que ça ne fait pas

Il fait

Du texte court, et votre position si le boîtier a un GPS. Un canal de groupe chiffré, et un canal public ouvert à tous.

Il ne fait pas

Pas de photos, pas de voix, pas de vidéo. Et rien de planétaire : un réseau de voisins vaut par le nombre de voisins.

Là où il y a dix boîtiers, ça marche ; là où vous êtes seul, vous parlez dans le vide. Une passerelle optionnelle (MQTT) peut relier des réseaux entre eux par internet, mais ce n’est plus la même promesse. Pour parler au monde entier sans Meta ni Google, j’ai écrit un autre article.


Étape 0 : regardez la carte avant d’acheter

Ouvrez meshnetwork.fr, qui recense les boîtiers français (près de 1 850 en octobre 2026) et renvoie vers les groupes régionaux, ou la carte Gaulix, qui montre le réseau en temps réel. Regardez s’il y a des points près de chez vous.

Il y a des points près de chez vous

Un seul boîtier suffit pour rejoindre le réseau.

Il n’y en a pas

C’est précisément l’occasion : posez un boîtier en hauteur, en mode relais, et vous êtes le premier maillon.

Étape 1 : quoi acheter

Heltec V318 à 30 euros

Le plus simple pour débuter.

Voir chez le fabricant

Heltec T11430 à 40 euros

Très économe en énergie.

Voir les revendeurs

LILYGO T-Deck80 à 110 euros

Un clavier intégré ; marche sans téléphone.

Voir les revendeurs

En France, le T-Deck Plus en 868 MHz se trouve par exemple chez Passion Radio. Les autres liens renvoient vers le fabricant ou vers la fiche de Meshtastic, qui liste des revendeurs. Vérifiez toujours la mention 868 MHz avant de payer.

Les deux règles à ne pas rater

1. Prenez la version 868 MHz. La version 915 MHz est interdite en Europe.

2. Vissez l’antenne avant d’allumer. Un module allumé sans antenne peut griller sa puce radio. L’antenne doit être prévue pour 868 MHz.

Prenez-en deux si vous voulez tester chez vous, ou un seul s’il y a déjà des voisins sur la carte.

Étape 2 : installer, puis envoyer votre premier message

  1. Branchez le boîtier en USB à votre ordinateur, antenne vissée. Ouvrez flasher.meshtastic.org dans Chrome ou Edge (Firefox ne sait pas parler à l’USB), choisissez votre modèle, cliquez sur Flash. Deux à trois minutes : c’est ainsi que le logiciel s’installe dans le boîtier.
  2. Installez l’appli Meshtastic sur votre téléphone (Android ou iPhone), activez le Bluetooth, touchez « + » et choisissez votre boîtier. Dans les réglages, mettez la région sur EU_868 et donnez-vous un pseudo.
  3. Envoyez un premier message. Gardez le canal par défaut, LongFast : c’est celui que presque tout le monde utilise en France ; en changer, c’est ne plus entendre personne. S’il y a un boîtier à portée, il apparaît dans la liste des nœuds.

L’énergie

C’est ce qui me plaît le plus. Un boîtier Meshtastic consomme à peu près autant qu’une veilleuse ; un message pèse quelques dizaines d’octets, là où une story Instagram en pèse des millions. Aucune ferme de serveurs ne tourne pour vous.

Pour les curieux : les règles radio

La loi européenne limite la bande 868 MHz à 10 % de temps d’émission et à 500 milliwatts : l’appareil respecte ces limites tout seul, vous n’avez rien à régler. Le seul vrai conseil : antenne adaptée, boîtier en hauteur, et pas de puissance en plus, qui ne sert à rien et peut vous mettre hors des clous.

À quoi ça sert, vraiment

  • Une randonnée sans réseau.
  • Un festival où les antennes saturent.
  • Un quartier pendant une panne ou une inondation.
  • Une manifestation.
  • Un village qui veut se parler sans passer par une entreprise américaine.

Et, plus modestement, retrouver un plaisir ancien : construire soi-même le réseau qu’on utilise, avec les gens d’à côté. Si vous montez un boîtier à Montpellier, dites-le-moi : je n’ai pas réussi à confirmer s’il y en a déjà sur la carte, et j’aimerais bien que le premier message du quartier soit le nôtre.

Meshtastic n’est qu’un exemple

Partout dans le monde, des gens construisent leurs propres réseaux, avec des radios, des antennes de toit ou de simples téléphones. Voici quelques repères, avec les chiffres tels que les donnent leurs sources.

Des réseaux de quartier, de ville ou de village

FreifunkAllemagne

Des réseaux sans fil citoyens, non commerciaux, nés en 2003 : environ 41 000 points d’accès dans près de 400 communautés locales.

Guifi.netCatalogne

Un réseau ouvert et neutre, né en 2004, bâti en radio sans licence et en fibre ouverte : plus de 35 000 nœuds actifs en 2018, surtout en Catalogne et en Communauté valencienne.

NYC MeshNew York

Une association à but non lucratif portée par des bénévoles, lancée en 2014 : plus de 2 000 nœuds actifs, reliés par des liaisons radio d’un toit à l’autre.

RhizomaticaOaxaca, Mexique

Des communautés autochtones que les grands opérateurs ne desservent pas montent leur propre réseau de téléphonie, avec des technologies libres.

FFDNFrance

La fédération des fournisseurs d’accès à internet associatifs : une trentaine de membres qui veulent « favoriser l’accès de tous à internet ».

Des cousins de Meshtastic, côté logiciel

MeshCoreMême radio LoRa

Chaque message suit un chemin repéré à travers des répéteurs fixes, au lieu d’être répété par tous. Pensé pour des infrastructures installées (toits, tours) ; il ne dialogue pas avec Meshtastic.

ReticulumPile réseau chiffrée

Fonctionne sur la radio LoRa, mais aussi sur le Wi-Fi, Ethernet ou internet, et sert à relier des réseaux de nature différente.

BriarMessagerie sans serveur

Relie des contacts proches par Bluetooth ou Wi-Fi, sans passer par un serveur central : elle marche donc sans internet.

Tous partent de la même idée : l’infrastructure appartient à ceux qui s’en servent. Le pendant côté internet, c’est parler au monde sans Meta ni Google ; côté intelligence artificielle, c’est une IA chez soi. Si vous connaissez d’autres initiatives, en France ou ailleurs, dites-le-moi.


Pour continuer dans le Journal : Hacker la Tech : ce que l’IA fait au monde, en clair, et sa propre IA à la maison, pas à pas.

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Les 12 sources de cet articleLe projet Meshtastic, les guides des communautés françaises et les autres réseaux cités

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