Parler au monde sans Meta ni Google

18 octobre 2026

On peut écrire à sa famille au Mexique, suivre des gens aux quatre coins du monde et discuter avec ses amis sans qu’une entreprise américaine lise, trie ou revende la conversation. Les outils existent, ils sont gratuits, et la plupart tiennent en une installation de dix minutes. Voici quatre portes déjà ouvertes.

En bref

  • Pour parler au monde sans Meta ni Google, inutile d’inventer un réseau : des protocoles ouverts le font déjà, comme le courriel depuis cinquante ans.
  • Quatre portes : Signal pour les messages, Matrix pour les groupes (c’est le choix de l’État français), le Fediverse pour le réseau social, et le bon vieux courriel.
  • Ces outils consomment moins : du texte, pas de flux infini, pas de vidéos lancées toutes seules, pas de publicité à calculer.

Trois couches plutôt qu’une appli miracle

Après la journée Hacker la Tech, je me suis posé la question naïvement : comment parler au monde entier sans passer par les géants ? La réponse d’Olivier Alexandre sur le centre commercial m’est restée : les plateformes sont conçues pour qu’on n’en sorte pas. La sortie, c’est le contraire d’un centre commercial : des rues. En numérique, les rues s’appellent des protocoles ouverts. Personne ne les possède, n’importe qui peut construire dessus, et si une appli disparaît, les autres continuent.

PLATEFORMES FERMÉES : DES ÎLES Appli A Appli B Appli C Aucune ne parle aux autres PROTOCOLES OUVERTS : DES RUES Tous se parlent, quel que soit le serveur
Une plateforme fermée est une île ; un protocole ouvert est un réseau de rues.

Je vois ça en trois couches, qui forment ensemble la contre-culture dont parlait Alain Damasio :

Le local, sans réseau

Parler à son quartier par radio : Meshtastic, dans un autre article.

Le planétaire, sans propriétaire

Parler au monde par internet sans passer par un géant : cet article.

Le cerveau à la maison

Une assistante qui tourne chez vous : une IA locale.

Signalremplace WhatsApp

Messages, appels, photos.

Matrix et Elementremplacent Discord ou Slack

Groupes, collectifs, associations.

Le Fediverseremplace X, Instagram, YouTube

Suivre des gens, publier.

Le courriel à soiremplace une adresse chez un géant

Une boîte aux lettres qui vous appartient.


Porte 1 : Signal, pour remplacer WhatsApp

Signal ressemble à WhatsApp, et c’est voulu : messages, appels, groupes, photos. La différence tient en trois points.

  • Une fondation sans publicité. L’application est portée par une fondation à but non lucratif, financée par des dons, sans publicité.
  • Tout est brouillé. Tout est chiffré de bout en bout, y compris qui parle à qui, autant que possible.
  • Le code est public, vérifiable par n’importe quel spécialiste.
Pour commencer

Installez Signal depuis le magasin d’applications, entrez votre numéro, et invitez une seule personne.

Le plus dur est humain : convaincre le groupe familial. Mon conseil : commencer par une seule conversation qui compte, et laisser le reste suivre.

Porte 2 : Matrix, le choix de l’État français

Matrix est un protocole ouvert pour les discussions de groupe, un peu comme Discord ou Slack, sauf que n’importe qui peut héberger un serveur et que tous les serveurs se parlent.

L’exemple qui m’a surpris : Tchap, la messagerie des fonctionnaires français, est construite sur Matrix ; elle compte plus de 400 000 utilisateurs dans la fonction publique, et la France est entrée en 2025 dans la fondation qui gouverne le protocole, avec l’idée de le proposer à toute l’Europe, rapporte le Journal du Geek.

Pour commencer

Pour le grand public, l’application s’appelle Element. Créez un compte, rejoignez un salon ou créez le vôtre, invitez des gens qui sont sur d’autres serveurs.

C’est l’outil des associations, des collectifs, des projets à plusieurs.

Porte 3 : le Fediverse, un réseau social en archipel

Le Fediverse fonctionne comme le courriel appliqué aux réseaux sociaux : chacun est fait de centaines de serveurs tenus par des associations, des universités, des particuliers, et tous se suivent les uns les autres.

Mastodon

remplace X

Pixelfed

remplace Instagram

PeerTube

remplace YouTube

Pas d’algorithme qui décide de ce que vous voyez : vous voyez ce que vous suivez, dans l’ordre. Ce qui change, et déroute au début, c’est qu’il faut choisir un serveur, comme on choisit une boîte mail. Le site officiel de Mastodon propose une liste de serveurs francophones ; prenez-en un à taille humaine, et vous pourrez de toute façon déménager plus tard en gardant vos abonnés.

Je suis encore sur Instagram pour mes créations, et c’est bien le sujet : la porte est ouverte, encore faut-il la passer.

Porte 4 : le courriel, une boîte aux lettres à vous

On l’oublie parce qu’il est vieux, mais le courriel est le plus grand réseau fédéré du monde. Pensez à la poste : peu importe dans quel bureau vous déposez votre lettre, elle arrive dans la boîte aux lettres du destinataire, même s’il est servi par un autre facteur. Le courriel fonctionne ainsi. Un message écrit chez un fournisseur arrive chez n’importe quel autre, et c’est ce que WhatsApp ou Instagram ne savent pas faire entre eux.

Une boîte aux lettres jaune de La Poste, en France
Une boîte aux lettres de La Poste ; photo : DarkVador79-UA, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Vous écrivezchez le fournisseur A
↓
Les règles communesdu courriel font office de poste
↓
Votre proche litchez le fournisseur B

Où est le piège ?

Le piège se cache dans l’adresse. Une adresse en @gmail.com est une boîte aux lettres que vous louez à une entreprise : c’est elle qui garde les clés, et si vous voulez partir, vous perdez l’adresse que tout le monde connaît. Une adresse à vous, en revanche, ressemble à un numéro de téléphone que vous garderiez en changeant d’opérateur.

Adresse chez un géantprenom@gmail.com

L’adresse appartient à l’entreprise. Pour la quitter, il faut tout recommencer et prévenir chaque personne et chaque site.

Adresse à vousprenom@votrenom.fr

Vous réservez le nom (un « nom de domaine », une dizaine d’euros par an en général). Vous pouvez changer de fournisseur quand vous voulez, sans changer d’adresse.

Pour commencer, à votre rythme

1. Choisissez un fournisseur de courriel européen, par exemple Infomaniak, Proton ou Posteo ; comptez quelques euros par mois.

2. Si vous voulez une adresse à vous, réservez un nom de domaine ; c’est ce que j’ai fait pour ce site.

3. Faites suivre l’ancienne adresse vers la nouvelle, et prévenez peu à peu vos contacts importants.

Même sans nom de domaine, quitter une grande messagerie pour un fournisseur européen est déjà un pas ; le nom de domaine, lui, rend tous les changements futurs indolores. C’est le geste le moins spectaculaire et le plus durable de cette liste.


Et l’énergie ?

Un réseau social commercial brûle de l’énergie pour deux choses qui ne vous servent pas : calculer ce qu’il faut vous montrer pour vous garder, et calculer quelle publicité vous vendre. Les outils ci-dessus ne font ni l’un ni l’autre. Ils affichent du texte, dans l’ordre, et des images quand vous les demandez.

Je n’ai pas de chiffre honnête à vous donner sur la différence, et je me méfie de ceux qui en avancent ; mais la logique est simple : moins de calcul, moins de serveurs, moins de courant. Le geste le plus sobre reste celui que Naomi Klein recommandait en fin de conférence : se voir en vrai.

Par où commencer ce soir

  1. Installez Signal et déplacez-y une seule conversation importante.
  2. Créez un compte Element (Matrix) si vous faites partie d’un collectif ou d’une association ; proposez-y le prochain groupe au lieu d’un groupe WhatsApp.
  3. Ouvrez un compte Mastodon sur un serveur francophone et suivez cinq personnes que vous lisez déjà ailleurs ; beaucoup y sont.
  4. Regardez qui héberge votre courriel, et si c’est un géant, notez-le quelque part pour le jour où vous aurez une heure devant vous.

Aucune de ces portes ne ferme les autres. On peut garder WhatsApp pour la famille et Signal pour le reste, Instagram pour montrer et Mastodon pour lire. L’important, c’est d’avoir une sortie, et de savoir où elle est.


Pour continuer dans le Journal : Hacker la Tech : ce que l’IA fait au monde, en clair, et Montpellier veut sortir de la colonie numérique.

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Image d'ouverture réalisée avec l'aide de l'IA (Gemini). Aucun lien commercial avec les services cités.

Les 5 sources de cet articleSites officiels des projets et presse spécialisée

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